Authentification d’un laque de Pham Hau en vente le 17/04/2026 chez Crait & Muller

par | Avr 13, 2026

Magnifique découverte d’un laque de l’un des plus célèbres maîtres laqueurs de la période.

D’une forme inhabituelle, il bénéficie d’une provenance irréprochable et entièrement documentée (avec photographies d’époque à l’appui), acquis en Indochine par Louis-René Chardon, colonel de gendarmerie à Hanoï entre 1947 et 1948.
Exposition en salle 5 les 15 et 16 avril avant la vente le 17 avril à Drouot !

Considéré comme l’un des piliers de l’art moderne vietnamien, Pham Hau (Phạm Quang Hậu) a révolutionné la technique traditionnelle de la laque pour en faire un médium pictural de renommée internationale. Alliant la rigueur de l’enseignement occidental à la profondeur de l’âme vietnamienne, il a su capturer l’essence des paysages du Nord Tonkin avec une poésie inégalée.

Né en 1903 à Dong Ngac, un village de lettrés situé près de Hanoï, Pham Hau perd ses parents très jeune. Cette enfance marquée par la résilience forge son caractère. Initialement formé pour travailler dans les chemins de fer, sa passion pour le dessin le rattrape.

La Révélation de la Laque : Sous l’impulsion de Tardieu et du professeur Joseph Inguimberty, Pham Hau se détourne de l’huile pour se consacrer à la laque (sơn mài). En 1929, il intègre la 5ème promotion de la prestigieuse école fondée par Victor Tardieu. Diplômé en 1934, il fonde son propre atelier à Dong Ngac. Contrairement à certains de ses contemporains plus engagés politiquement, Pham Hau se concentre sur la recherche esthétique et technique.

Ses paravents et panneaux deviennent extrêmement prisés. Il reçoit de nombreuses commandes officielles, notamment pour le palais impérial de Bao Dai à Dalat. Ses œuvres sont exposées et primées lors des Salons de Hanoï et à l’étranger. Il introduit de nouvelles nuances chromatiques (notamment des dégradés de rouges, d’or et de bruns) et perfectionne l’incrustation de coquilles d’œufs et de nacre.

Au cœur de l’œuvre de Pham Hau se trouve un motif récurrent, presque obsessionnel : la Pagode Chùa Thầy (la Pagode du Maître) motif que l’on retrouve sur le laque présenté dans la vente à venir du 17 avril. Située au pied de la montagne Sai Son, cette merveille architecturale du XIe siècle n’est pas seulement pour lui un sujet d’étude, mais un refuge spirituel.

« Pour Pham Hau, Chùa Thầy représentait l’équilibre parfait entre l’homme, l’architecture et la nature sauvage. »

Dans ses multiples représentations de la pagode, on retrouve des éléments caractéristiques qu’il sublime par la laque :

  • Le Pont couvert (Nhat Tien Kieu) : Il l’utilise souvent comme point focal, guidant l’œil vers le temple niché dans la verdure.
  • Les reflets sur l’eau : La laque permet à Pham Hau de jouer sur la profondeur du lac Long Chieu, créant des effets de miroir où le ciel et la pierre se confondent.
  • L’atmosphère mystique : Il utilise des poudres d’or et des vernis profonds pour traduire la brume matinale ou la lumière dorée du crépuscule sur les montagnes calcaires entourant le site.

Après la Révolution d’Août 1945 et durant les années de guerre, Pham Hau continue de créer malgré les pénuries de matériaux. En 1949, il participe activement à la création de l’École Nationale de l’Artisanat (devenue l’Université des Arts Industriels de Hanoï). Il y enseigne l’art de la laque à des générations d’élèves, codifiant les techniques qu’il avait lui-même perfectionnées.

Il s’éteint en 1995 à Hanoï, laissant derrière lui un héritage colossal.